Sommaire

  • Pierre Bastien, Interface #101 5

Présentation

  • Stéphane Despatie, Dans l’œil du poète 7

Des textes de

  • Patrice Desbiens 11
  • Martin Pouliot 15
  • José Acquelin 16
  • Martin Pouliot 18
  • Jean-Sébastien Larouche 20
  • Fernand Durepos 24
  • Nancy R. Lange 27
  • Nancy Labonté 29
  • Serge Patrice Thibodeau 33
  • Denise Brassard 36
  • Hélène Monette 38
  • Isabelle Forest 42
  • Linda Bonin 44
  • Benoit Jutras 46
  • Paul Chamberland 48
  • Jonathan Lamy 51
  • Henri Chassé 54
  • Dominique Lauzon 56
  • François Charron 60
  • Marie-Hélène Montpetit 63
  • Catherine Harton 67
  • François Godin 69
  • Christine Germain 73
  • Daniel Leblanc-Poirier 76
  • Jean-François Poupart 78
  • Dominique Robert 80
  • Cynthia Girard 83
  • Bernard Pozier 85
  • Mario Cholette 88
  • Tony Tremblay 91
  • Dominic Marcil 94
  • Noémie Roy 96
  • Roseline Lambert 98
  • Éric Roberge 103
  • Francis Catalano 107
  • Caroline Rivest 110
  • Stefan Psenak 112
  • Roger Des Roches 116
  • Stéphane Despatie 118
  • Sylvain Turner 120
  • Linakim Champagne 123
  • François Guerrette 125
  • Corinne Chevarier 129
  • Jean-Philippe Bergeron 133
  • Annick Chauvette 137
  • Jean-Sébastien Huot 139
  • Jean-Marc Desgent 141

Interface # 100

Si la poésie est ce fulgurant écho de la mise au jour d’un cheminement intérieur, Exit en est l’interface, le véhicule depuis maintenant vingt-cinq années. C’est avec grand bonheur et fierté non feinte que l’équipe d’Exit souligne cet anniversaire ; une centième publication est tout de même une manière de consécration dans le temps, un état d’être, une façon de dire : je suis. Et puis, en même temps, ce bonheur est nimbé d’une certaine retenue, d’une humilité devant la poésie et ceux qui la créent.

Exit, au fil des ans, a rassemblé en ses pages à peu près tous les écrivains et écrivaines de poésie du Québec (52 % de voix féminines et 48 % masculines); quelques centaines de poètes à l’international se sont aussi joints à nous pour nous donner à voir et entendre les voix provenant de plus d’une trentaine de pays différents.

Vingt-cinq années, c’est aussi le temps de toute une génération de poètes. Au Québec, chaque génération s’est distinguée de la précédente à la fois par la forme, le style emprunté de même que par les différentes thématiques
proposées. La génération d’Exit, née de l’expérience Gaz Moutarde, se distingue surtout pour son ouverture sur le monde, son universalité; les voix qui nous animent sont uniques; la grande individualité de leur propos et forme, leur musicalité résonne et disent : j’existe.

Si depuis plus de vingt-cinq ans, je m’astreins à la tâche nécessaire de tenir la barre de ce navire qu’est notre revue, c’est en pensant à ces créateurs et créatrices venus de tous les horizons, c’est grâce à eux que je poursuis cette mission qui est mienne. Il me faut aussi remercier le destin qui m’a accordé la chance de travailler avec des directeurs littéraires dévoués à la poésie et aux poètes, du fondateur de la revue Tony Tremblay, en passant par la rigueur incarnée qu’est Denise Brassard, jusqu’à notre directeur actuel, Stéphane Despatie, dont l’imaginaire foisonnant ne cesse de nous faire vivre de grands élans. Aussi, et je devrais dire surtout, c’est appuyé par une formidable équipe de collaborateurs et collaboratrices non moins dévoués que nous continuons de vous apporter, au fil des saisons, les voix poétiques contemporaines qui nous entourent. Je vous invite à lire leurs noms en page deux de chaque numéro d’Exit, revue de poésie.

Bonne lecture !
Pierre Bastien

 

Dans l’œil du poète

on dit que la lumière était fragile
et la rivière très douce
Tania Langlais

la vie tremble pour qu’on la nomme
Kim Doré

pour un poème en chute pour rien
juste pour voir comme ça à tout hasard
Claude Beausoleil

Pour que jouent les monuments
ils transforment les escaliers en clavier
Valerio Magrelli

où même les mots dans ce paysage
se souviennent de l’écho de ta voix
comme le vent d’ailleurs oui le vent
Herménégilde Chiasson

 

« Bien des années plus tard », écrivait Gabriel García Márquez dans la première phrase de Cent ans de solitude. Pour Exit, on ne parle pas de cent ans, évidemment, mais bien de cent numéros, et quand même, de quelques « années plus tard ». En 1995, André Lemelin et Tony Tremblay démarraient l’aventure. Sur une note personnelle, j’étais au lancement du premier numéro et je participais, en tant qu’auteur, au numéro 2. Quelques parutions plus tard, je me joignais au comité de lecture, dirigé par Tony, puis par Denise Brassard, et je prenais le relais à la direction à la suite du départ de Denise. Moi-même un pur produit d’Exit, j’ai pu constater l’importance qu’a eue la revue sur la production de plusieurs poètes. Dès le premier numéro de la revue, Exit regroupait des poètes de différentes générations, dévoilant les premières parutions de jeunes inconnus aux côtés de nouveaux poèmes d’auteurs bien établis. Nous avons toujours fait honneur à cet aspect, bien présent dans tous les numéros. Nous n’avons donc jamais cessé d’être attentifs à la relève, aux nouvelles tendances, tout en demeurant très respectueux envers les poètes des générations qui ont précédé celle des membres de l’équipe composée essentiellement de la génération que l’on nomme X. Tout vient peut-être de là, en fait : la généra­tion dite sacrifiée ne veut surtout pas nier les autres générations. Nous avons aussi consacré beaucoup de place au côté « laboratoire » que permet une revue, laissant les poètes prendre des risques, ou les provoquant avec des propositions de jeux formels. On a également fait beaucoup de place à la réflexion sur le genre de la poésie par le biais de courts essais; sur ce point, les années où Denise était à la barre sont particulièrement révélatrices. Plus tard, nous avons prolongé ce terrain de jeu par le biais des entretiens, qui reviennent souvent en nos pages, accomplissant ainsi une sorte de devoir de mémoire, et laissant les poètes articuler leur propre démarche tout en nous renvoyant, par ricochet, aux livres de ces auteurs. Sous ma direction, nous avons choisi de donner un aperçu de ce qui se fait à l’étranger, étant certains de renforcer ainsi notre propre poésie de même que de mieux la positionner et de mieux l’aider à traverser elle-même des frontières. Plusieurs poètes québécois, dont Francis Catalano, membre de notre comité de lecture, de manière ponctuelle, prêtent main forte à Exit en traduisant des poèmes provenant d’un peu partout autour du globe. Ainsi, Exit peut être fier de prendre le pouls de ce qui se fait tant à l’étranger que dans l’ouest du pays ou dans les provinces maritimes, chez les Autochtones autant que dans les différentes régions du Québec, et ce, chez toutes les générations. Exit est beaucoup sorti, allant à la rencontre de plusieurs cultures, voyageant maintes fois en France, certes, mais aussi, par exemple, en Belgique, en Allemagne, en Italie, en Russie, au Mexique, en Argentine, au Pérou. Ce genre d’échange transnationaux a permis à plusieurs poètes de trouver un écho ailleurs, à plusieurs d’entre nous d’élargir nos connaissances et l’étendue de nos réseaux. Nous ne nous doutions pas de tout le chemin qui nous attendait, ce soir de 1995, dans un bar de Mont­réal, lorsque Tony lança ce premier numéro en forme de rectangle oblong. Nous avions des prétentions, certes, quel jeune n’en a pas, mais avions surtout dans l’idée le partage, l’envie d’exister. C’est du moins ce que je ressentais, comme lecteur de ce premier opus et spectateur  assis dans a salle où je le découvris pour la première fois. Je remercie donc la première équipe d’Exit d’avoir eu le courage de s’aventurer dans le paysage littéraire, et je nous souhaite une longue vie. Nous avons plein de projets pour Exit, j’espère que nous faisons aussi partie, lecteurs et poètes, de vos projets, de lecture ou d’écriture, car c’est avec vous que nous construisons.

Chaque poète ayant publié dans la revue au fil des ans a contribué à son édifice et chaque apport fut précieux. L’équilibre d’un numéro, ce n’est pas nécessairement l’éclat qui le crée et on néglige trop facilement les tons les plus discrets. Pour composer cette mini anthologie, nous avons dû faire des sacrifices qui n’ont le plus souvent rien à voir avec la qualité des textes, mais bien avec l’élaboration d’un tout cohérent. Dans ce numéro, vous lirez des poètes qui ont souvent collaboré à la revue, qui lui ont donné ses lettres de noblesse, qui ont marqué son lectorat, influencé ses auteurs, et qui ont contribué à nous faire grandir, à avancer et à nous démarquer. Vous retrouverez leurs textes en ordre chronologique, sans notice biobibliographique, sans mention de leurs prix ni même de leur date de naissance ou de décès (malheureusement, dans certains cas); nous sommes dans la fluidité de leurs textes, tous ensemble dans les mêmes pages, au cœur du poème et dans l’œil du poète. Un énorme merci à tous ces auteurs.

Bonne lecture !
Stéphane Despatie