Sommaire

Présentation

  • Stéphane Despatie, Face à la fuite 5

Des textes de

  • Karim Lapierre 7
  • Annick Chauvette, L’ommonde 17
  • Andrea Moorhead, Fuite 27
  • Nathalie Nadeau, Mendiant de rien
    suivi de Ta main en retard
    41
  • Marco Geoffroy, Diaporama d’une fin d’août sur fond de nuit nonchalante 49
  • Yves Gosselin 59
  • Jesús Sepúlveda 67

Dialogue

  • À l’aube, les déflagrations
    « Un éclair majestueux bondi hors du langage »
    Entretien de Gérald Gaudet avec Jonathan Charette
    79

Face à la fuite

Les portraits d’assassins crissent sous nos pieds.
Danielle Roger

je dévisage la ville comme une maladie permanente
André Roy

je te vois suspendre
le piège
et quelques restes
que tu n’as peut-être jamais saisis
Brigitte Lavallée

toute cause est suspendue
toute écriture
à la surface des braises
Francis Bastien

 

Le numéro 97 d’Exit survole les déflagrations comme il construit les gammes d’un art de la fuite qui s’impose comme un geste de survie. C’est en partie l’air du temps, l’état des lieux, en partie l’urgence de dire qui a revêtu d’au­tres visages ces derniers temps. Tant dans la sphère intime que sur l’échiquier mondial commun, l’ordre des choses est secoué. Plusieurs théories se précipitent et bien des oiseaux viennent se cogner contre la vitre qu’on a bien tenté d’éri­ger en écran, entre la nature et nous. Nos corps nous portent plus loin qu’avant, plus loin et plus rapidement que les moyens que l’on trouve pour préserver l’horizon. Et la poésie dans tout ça ? Elle reçoit comme elle donne, avec les moyens dont elle dispose. Mais elle voit clair, la poésie, elle n’a pas le choix. C’est le pari qui l’anime, celui de construire autant avec la blessure, avec la gangrène, qu’avec les pul­sions fortes que la vie lui injecte. Dans la section régulière du numéro, vous pourrez lire Karim Lapierre, jeune poète qui publie pour la deuxième fois en nos pages ; Annick Chauvette, qui, avec L’ommonde, nous offre un inédit per­cutant; Andrea Moorhead, qui présente Fuite, une suite qui témoigne autant de la relation avec les éléments que des turbulences humaines. Ensuite, nous publions pour la première fois dans Exit les textes de Nathalie Nadeau, soit Mendiant de rien suivi de Ta main en retard; puis un habi­tué de la revue, Marco Geoffroy, qui signe Diaporama d’une fin d’août sur fond de nuit nonchalante; Yves Gosselin, collaborateur régulier, qui, avec Constitution de l’existence et Confession d’un masque, donne à lire un univers précis et lucide, qui apporte autant de questions que de réflexions; et, finalement, vous pourrez découvrir les mots de Jesús Sepúlveda, poète chilien résidant aux États-Unis, qui, avec L’enfer, Le fascisme s’assoit à table, Moonlight, Le pont, El hacedor et Ville noire, propose des textes encore tout chauds, faisant écho aux différents remous qui secouent son pays d’origine.

Avec À l’aube, les déflagrations : « Un éclair majestueux bondi hors du langage », Gérald Gaudet s’entretient avec Jonathan Charette, récipiendaire du prix Émile-Nelligan 2018. On y parle de « poésie tempête », qui exalte, enflamme. On y parle de délinquance, de désobéissance, de courants, de générations, d’air du temps, d’exclusion et de révolte. Mais surtout, on voit ici l’affirmation de l’existence, de la persévérance, de la résistance, du fait de composer avec des racines, les mêmes qui, trempées dans des pigments neufs, ajoutent au paysage des teintes rafraîchissantes. On parle ici de poésie vivante. Car, « si le monde extérieur est envi­sagé et dévisagé, il est le plus souvent considéré comme une terre de désolation », et le poète doit composer avec ce portrait, comme il tente, à sa manière, d’éclairer aussi d’autres avenues. Avancer, vivre et écrire.

Bonne lecture !
Stéphane Despatie